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prototype 1, carton, colle et papier 2008 / prototyp 1, carton, paper and glue 2008

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Tout-En-Cours # 2 – commissariat Leslie Amine – 2008

Entretien réalisé par Anna Kawala, fondatrice de la revue KaZak

Entre les différentes expositions existe un jeu d’agencement d’éléments réutilisés…
En effet, c’est un fonctionnement quasi-récurrent dans ma démarche, apparu en 2003, suite à la Biennale d’Art Contemporain de Lyon. Quelle dialectique entre l’oeuvre et le spectateur, les réalités d’une oeuvre ? Car nous fonctionnons en tant qu’artiste en terme d’échos (aux oeuvres des autres, aux mondes…). Lors de cette biennale, les pièces exposées s’agençaient comme autant de décors de cinéma oude théâtre : à partir de leurs énoncés, de mes souvenirs, j’ai redessiné toutes les oeuvres. Bien évidemment le résultat fut totalement différent des originaux et je me retrouvais avec autant de pièces inédites et personnelles. Malgré tout c’était une réalité possible des travaux de l’ensemble de ces artistes, oeuvres qui étaient et n’étaient pas miennes en même temps. La rencontre la plus forte a été celle avec Classique, de Didier Marcel. Il s’agit d’une voiture DS, dirigée vers une source de lumière naturelle, entourée de 6 cyprès artificiels qui tournaient sur eux même et d’une maquette d’architecte posée sur un socle haut. Cette pièce a comme sujet principal la peinture. La peinture classique. Partant du dessin de cette oeuvre, fait d’après souvenir, j’ai décidé de le réaliser en volume et l’ai titré Néo-Classique. Le souvenir que j’avais de Classique était malgré tout partiel et a donc donné naissance à une image de voiture (sorte de voiture/jouet à échelle 1 ou presque) à 4 cyprès et non 6, et un personnage sous la voiture dont la présence est totalement mystérieuse. J’ai déplacé la source électrique et l’ai figurée par une ampoule allumée et placée entre les jambes du mannequin. De là, une oeuvre nouvelle et inattendue (bien que teintée de préoccupation bien personnelles) est apparue dans mon paysage artistique et ai pu l’interroger de différentes manières (contextes d’exposition différents, construction et déconstruction, monstration horizontale et verticale…). Le titre de Néoclassique est un jeu de temporalité, car elle sous-entend parler d’un temps postérieur à Classique de Didier Marcel ― affirmant donc sa source d’inspiration. Étant réalisée comme à mon habitude en matériaux pauvres, se rapprochant de maquettes d’oeuvres, j’ai imaginé qu’elle était la pièce préparatoire à “Classique” et ai remis en question les origines de la pièce de Didier Marcel. (…) Cela a été fondateur dans ma démarche. Une fois réalisée, Néo-Classique est devenue le pivot de mon travail, il a fallu que je la décortique comme pour en connaître tous les mystères, toutes les possibilités… et je suis partie de celle-ci pour imaginer des personnages. Allant dans ce contexte, j’ai utilisé de manière indépendante cette image de cyprès (en réalisant des installations de 40 à 50 cyprès) formant parfois une forêt entière. Partant d’elle, tout était possible et à faire. Mes travaux sont conçus avec un potentiel inhérent de modifications qui peuvent survenir. Et leur ensemble peut se voir comme un livre en train de s’écrire dont on aurait pas encore la fin de l’histoire. Histoire qui se construit et s’estompe au fut et à mesure des expositions.

Quelle pièce présenteras-tu à tout-EN-cours? Pourquoi ce choix ?
Cascade_falls-water.jpg, qui est à la fois maquette d’un projet que je souhaite présenter …et projet à part entière (maquette comme pièce). Il s’agit de l’image d’un élément naturel, très cliché, très carte postale : d’une cascade. Partant du fait qu’une image est une représentation abstraite du monde qui n’a de concret que son support, cette image que j’aurais pixellisée au préalable sera simulée par des petits carreaux de plexiglas agencés les uns avec les autres de manière à recréer l’illusion de la pixellisation qui déconstruira ce paysage idyllique devenu complètement abstrait. Cette structure partira d’étagères qui remplaceront les rochers et se déversera sur le sol. Ce rapport à l’illusion de la matière comporte des préoccupations forte liée aussi à la peinture. Et à la littérature. Pour cette pièce en projet, je me suis inspiré d’un roman de Kurt Vonnegut, “le berceau du chat”, qui prend appui sur la réalité (bombe atomique et son inventeur) pour inventer un scénario-catastrophe, où l’un des produits inventés gèlerait l’eau et propagerait cet état.
Or Les morts ou presque, exposition au Centre d’Art de Gênas, s’agençait autour de l’esthétique (très médiatique) de la catastrophe naturelle ou chimique. On retrouve le jeu d’agencements, de rebondissement… Le moment de tout-EN-cours en sera une première proposition. L’idée qu’une pièce donnée à voir au spectateur puisse être ensuite modifiée, m’intéresse grandement et répond, il me semble, aux intentions premières de Leslie dans ce format de tout-EN-cours. Le statut de cette pièce sera fragile et éphémère, cristallisera notre rapport au temps présent ce soir-là. Malgré tout il n’est pas exclu qu’elle puisse apparaître dans une installation comme un élément fondamental… Alors réalisée plus tard dans des dimensions plus grandes, avec des matériaux bien spécifiques, donc dans l’idée d’une pièce terminée : il est tout à fait possible que la maquette et sa réalisation apparaissent un jour dans cette idée de confronter les réalités d’une oeuvre.

Donc pas de film ici… Pourtant ta pratique sculpturale semble s’articuler aussi fortement avec ce médium. Comment, à cette intersection, se joignent-t-ils ? Le médium film est arrivé dans mon travail avec cette rencontre avec Aurélie Haberey. Finalement il ne serait peut-être jamais apparu sans cela… Mon propos de départ est de parler de film, ce qui est toujours présent dans mes installations. Ou de construire un film sans caméra ni pellicule. À l’instar de Pierre Huyghe qui construit les espaces-temps manquants (correspondants à des plans de coupe ou des raccourcis temporels) de films cultes, je travaille le temps « pause » ou « arrêt sur image » dans mes installations. Il est d’ailleurs souvent questions de séquences, de plans arrêtés, qui proposent au spectateur de réfléchir sur l’instant en s’interrogeant sur sa temporalité (moment passé, en train de se faire ou à venir). Les installations peuvent être des sculptures autour desquelles le spectateur peut tourner et ramener donc la sculpture à l’objet (accessoire) ou encore peuvent être un élément environnemental en image arrêtée – donc qui peut être relié à un contexte et à un temps. L’ambiguïté et le doute restent présents et c’est cette fine frontière entre environnement et sculpture qu’il m’intéresse de travailler : reprendre des éléments d’une exposition et de les réutiliser dans une autre, me permet de modifier leur statut et de passer donc de l’un à l’autre (sculpture / environnement). Ces éléments peuvent aussi être des traces. Traces d’événements, de passages ou de lieu en préparation. Le statut de l’indéfini est au centre de mon travail. Car tout est possible ou reste à construire. Il n’y a pas de logique de temps, pas de progression, mais sans cesse des retours en arrière, des déambulations dans un espace proche de l’espace mental qui ferais fi de toute logique. Les pièces montrées d’abord en maquette ont un statut d’objets, d’espaces potentiellement expérimentables (projectif) dans un temps futur. Quand elles sont ensuite réalisées, elles offrent alors un environnement concrètement expérimentable. Par exemple : Néo-classique, prenant comme statut celui d’une maquette réalisée à posteriori, Le loup qui est un film utilisant une installation comme terrain de jeux, de narrations possibles. De ce fait, et pour en revenir au film et à la place des vidéos dans mon travail, il s’agit davantage d’un espace d’expérimentation qui utilise des codes narratifs souvent créateurs d’intrigues et de frustrations. Il ne s’agit jamais de donner une réponse ou une chute à une histoire qui commence. Il s’agit souvent d’un début ou d’une séquence en boucle qui rejoue les mêmes enjeux (qui est le personnage ? qui poursuit ou est poursuivit ? où sommes nous ? …) Le spectateur est ainsi un réceptacle à toutes ces interrogations sans réponses. Les films sont des images pouvant faire référence à une multitude de situations (vécues, filmiques) et sont parfois la synthèse de bons ingrédients contenus dans des films à suspens. Ces vidéos peuvent être rapprochées de la peinture dans le sens où elles sont une succession d’images choisies pour leur côté graphique ou pictural. La peinture est le médium par lequel j’ai commencé et il est aujourd’hui presque absent de mes travaux. Le dessin est important dans les installations mais ne semble pas aujourd’hui encore avoir trouver sa place. Peut-être peut-on voir dans le film ce lien à l’image peinte ou dessinée le ramenant à la 2D.

Tout-En-Cours # 2 – Curator Leslie Amin – 2008 Interview by Anna Kawala, founder of the journal Kazak
Between different exposures is a set of re-arrangement of elements …
Indeed, it’s almost a recurring operation in my approach, appeared in 2003, following the Contemporary Art Biennial of Lyon. What dialectic between work and the viewer, the realities of a work? Because we function as an artist in terms of echoes (the works of other worlds …). During this biennium, the exhibits will agençaient like so many film sets oude theater: from their statements, of my memories, I redesigned all works. Obviously the result was totally different from the original and I found myself with as many original pieces and personal. Nevertheless it was a possible reality of the work of all these artists, works that were and were not mine at the same time. The meeting was the highest with the Classic, Didier Marcel. This is a DS car, headed toward a source of natural light, surrounded by six artificial cypress turned on themselves and a model of architect placed on a pedestal above. This piece has as the main subject of painting. Classical painting. Based on the design of this work, is based on memory, I decided to make it in volume and have entitled Neo-Classical. The memory I had of Classic was still part and has spawned a car image (kind of car / toy to a scale almost) 4-cypress, not 6, and under the car a character whose presence is totally mysterious. I moved the power source and have shown by a lit bulb and placed between the legs of the dummy. From there, a new work and unexpected (although tinged with concern personal well) appeared in my world of art, was able to question him in different ways (different exposure settings, construction and deconstruction, horizontal and vertical demonstration … ). The title of Neoclassical is a game of timing, because it implies about a time subsequent to Classic Didier Marcel – thus affirming his inspiration. Being conducted as usual in my humble materials, approximating models works, I imagined it was preparatory to the room “Classic” and have questioned the origins of the piece of Didier Marcel. (…) It was founded in my approach. Once completed, Neo-Classic has become a mainstay of my work, I had to dissect as to know all mysteries, all the possibilities … and I’m part of it to imagine the characters. Up in this context, I used this picture independently of cypress (by making installations from 40 to 50 cypress) sometimes forming an entire forest. Starting with her, anything was possible and do. My work is designed with an inherent potential changes that may occur. And a whole can be seen as a book being written which might have not yet the end of history. History that built and fades in and was able to exhibitions.

Which room do you présenteras All-IN-course? Why this choice?
Cascade_falls-water.jpg, which is both a model of a project I would like to present … and full project (such as room layout). This is the image of a natural element, very cliche, very postcard: a waterfall. Based on the fact that an image is an abstract representation of the world which has no concrete as its support, this image that I would be rasterized first simulated by small panes of Plexiglas arranged with each other to recreate the illusion of pixelation that deconstruct this landscape became completely abstract. This structure will leave shelves to replace the rocks and pour on the ground. This report to the illusion of the material has strong concerns also related to painting. And literature. For this project room, I was inspired from a novel by Kurt Vonnegut, “the Cat’s Cradle”, which is based on reality (atomic bomb and its inventor) to invent a worst-case scenario, where one of products invented freeze water and propagate this state.
The gold or almost dead, exhibition at the Art Center of Genas, it matched the aesthetics around (highly publicized) of natural or chemical. We find the set of arrangements, bouncing … The time All-IN-course will be a first proposal. The idea that a particular part to see the viewer can be modified later, I am very interested and responds, I think, the original intent of Leslie in this format all-in-progress. The status of this piece will be fragile and ephemeral, crystallize our relationship to the present time that evening. Nevertheless it is not excluded that it can appear in a facility as a fundamental … So for execution later in larger sizes, with very specific materials, so the idea of ​​a finished piece: it is quite possible that the model and its implementation appear one day in the idea of ​​confronting the realities of a work.

So no movie here … Yet your sculptural practice seems to revolve so strongly with this medium. How, at this intersection, join-t they?
The medium of film arrived in my work with this encounter with Aurélie Haberey. Finally it would perhaps never appeared without that … My point of departure is to talk about film, which is always present in my installations. Or build a film without camera or film. Like Pierre Huyghe who built the missing space-time (corresponding to the cutting plans or shortcuts temporal) of cult films, I work time “pause” or “freeze frame” in my installations. It is also often matters of sequences of agreed plans, which offer the viewer to reflect on the moment by questioning its temporality (time spent in the making or future). The plants can be sculptures around which the viewer can rotate and thus bring the sculpture to be (accessory) or may be an environmental element in freeze frame – so that can be connected to a context and time. The ambiguity and doubt remain and it is this fine line between sculpture and environmental work that interests me: use elements of exposure and reuse them in another, I can change their status and therefore pass to the other one (sculpture / environment). These elements may also be traces. Traces of events, passages or place in preparation. The status of the indefinite is central to my work. Because everything is still possible or to build. There is no logic of time, not increase, but constantly flashbacks, of wanderings in a space close to the mental space that would ignore all logic. The parts shown in the first model have the status of objects, spaces potentially experimentable (projective) in a future time. When they are then made, then they offer a practical environment expérimentable. For example: Neo-classical, taking as the status of a model made after the fact, that the wolf is a film using a facility like playground, possible narratives. As a result, and to return to the film and instead of videos in my work, it is more of a space experiment that uses narrative codes often creators of intrigue and frustration. It is never to respond to a fall or a story starts. This is often an early or a loop sequence which replays the same issues (which is the character? Who continues or is continued? Where are we? …) The viewer is a receptacle for all these questions without responses. The movies are images that may refer to a variety of situations (lived, film) and sometimes the synthesis of good ingredients in suspense films. These videos can be compared to painting in the sense that they are a succession of images chosen for their graphic or pictorial side. Painting is the medium through which I started and it is now almost absent from my work. The design is important in facilities but does not seem to still have its place. Maybe we can see in the movie link to the picture painted or drawn on returning to 2D.

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