Franck Fontaine

La description de la douleur est un contresens. Il faut voir tout en beau.  Comte de Lautreamont
Matt Coco présente deux pièces a Cave Canem, deux pièces n’en formant qu’une, une série de 65 dessins et une pièce sonore enregistrée au studio de l’Opéra de Lyon. Le principe en est simple : ayant envoyé à 65 personnes un dessin de la série accompagne de quelques questions, elle a ensuite collecte les réponses qui sont la matière première de la pièce sonore. On s’en tiendra la pour le modus operandi. Sous des dehors pseudo-sociologiques, pseudo-participatifs, pseudo-architecturaux, Matt Coco formule et reformule sans cesse la question de l’ignorance du discours. La description n’est pas impossible, elle donne a voir ce qu’elle omet, ce dont elle pense ne plus avoir a se soucier. C’est d’ailleurs le principe du conte. Tremper le gâteau qui répond sans se noyer, le baba au rhum de la dialectique. Matt Coco donne cette fausse possibilité d’impossibilité de tramer ce qui reste de paroles dans l’archive, dans l’archivage. En jouant des échelles, des codes et des partitions, elle propose l’évènement dans ce qui détient la mémoire, rejouant l’effervescence même dans l’obscurité de l’inter-prête. Elle tente de faire illusion illusoire entre la matière et le temps pour poser la question du temps historique intrinsèque a la condition humaine. On peut citer André Gide qui dans Les nourritures terrestres lance la phrase ≪ Il y a d’étranges possibilités dans chaque homme. Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passe n’y projetait déjà une histoire≫ pour illustrer le geste qui, nonobstant une crise aussi contemporaine que vieille, se fait maître et esclave ce que nous décidons comme prompte a faire partie de notre récit. Il s’agirait ici de le défaire, de l’amener de le ramener a la fragmentation qui balbutie la promesse de dire ce que recouvre la chose présentée. Matt Coco ≪ s’amuse ≫ a recouvrir ce qu’elle –faussement innocemment –pense détenir de ce qu’elle inaugure : la dispute entre le mentir et le mensonge, entre le m’en tire et le ment songe. La vérité deviendra ici, devant, derrière, ici même, la récolte de l’incompréhensible qui fait sens. Nous n’avons pas manque le de-but, le but n’a que l’apanage du recompose, l’artiste est un témoin qui ment dans la lumière, dit la vérité dans l’obscurité. Et tout est gris et beau, conditions du regard et de la lecture.
fF- 2014
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