Author Archives: mattcoco69

Comme les chutes d’eau déjà tremblent dedans la source

“Décollement léger de la réalité” céramique, 2017

Bertille Bak, Yves Bélorgey, Zoé Benoit, Alain Bernardini, Matt Coco, Cécile Dupaquier, Anne-Valérie Gasc, Juliette Goiffon & Charles Beauté, Suzanne Husky, Karim Kal, Camille Llobet, David Posth-Kohler, Ernesto Sartori, Efrat Shvily, Mirjana Vodopija

Comme les chutes d’eau déjà tremblent dedans la source est une exposition rétrospective autant que prospective, ouverte. On y (re)trouve des œuvres de la collection de la ville de Vénissieux, créées entre 1993 et 2016, mises en relation avec de nouvelles œuvres – souvent inédites – des mêmes artistes. Cet élargissement du regard, à partir du lieu d’exposition et de son histoire, procède par associations et relations : analogies, proximité des pratiques, questionnements communs ou diversité des mediums (vidéo, installation, peinture, photographie, sculpture ou dessin).

Comme les chutes d’eau déjà tremblent dedans la source, titre emprunté à Edouard Glissant, dans sa Philosophie de la relation parue en 2009, entend mettre en lumière la temporalité particulière d’une collection, du travail de chaque artiste, et l’impermanence qui caractérise toute relation dans la durée. Comme le remarquait Héraclite, on n’entre jamais deux fois dans le même fleuve ; similairement, on n’établit jamais deux fois la même relation avec une œuvre.

Commissaire de l’exposition : Xavier Jullien

Exposition du 4 février au 29 avril 2017

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La petite maison dans la prairie, du local au global, 2014

Commissariat Nathalie Muchamad

“Souvenirs d’une fille perdue” cire, plastiques, ficelle et bois 2013

“Le loup” vidéo muette, réalisée à Langages plus, résidence Québec 2013

Exposition du 24.05 au 8.06.2014 à St-Julien-Molin-Molette 42220
avec Matt Coco, Alexis Jacquand, Nathalie Muchamad, Georges Rey, Johan Sordelet

La Terre célèbre le retour en grâce de Star Wars ; oeuvre post-Vietnam qui regonfla
l’ego de milliers de petits garçons américains et dont la suite est actuellement en
tournage.
La Guerre des Étoiles débute petit, dans une ferme, un jardin, un potager, celui
d’Oncle Owen dans le désert de Tatooine. Au ranch Skywalker, on cultive bio et
responsable. Soie, coton, plastique, tabac.
Transformée dans des ateliers clandestins extra-terrestres, cette matière première
est dispersée dans tout l’Empire Galactique sous forme de figurines, de mugs et de
produits dérivés de toute sorte.
Ces artefacts sont aujourd’hui rassemblés à Paris dans une exposition spectaculaire,
accessible aux terriens pour la modique somme de 19 euros 90 l’entrée.
A San-José-Molin-Molette, non loin des rapides de Delivrance et des frontières du
Nouveau-Mexique, un autre genre d’exposition s’organise.
Situé dans une ancienne ville industrielle prospère, ce sommet proto-rednecks
interroge les tensions entre Global et Local, tensions contenues dans un célèbre
programme télé donnant son titre à l’exposition : Ma petite maison dans la prairie.
Partant d’un évènement géo-localisé, l’accident nucléaire de Fukushima, Matt
Coco rend compte d’une catastrophe qui loin de s’arrêter aux frontières, perfore la
matière à une échelle planétaire, anatomique et sub-atomique.
Quelque part entre la gagnante barbue de l’Eurovision et le candidat gay de
l’édition belge de l’Amour est dans le pré, il existe un système désirant alternatif
que Johan Sordelet répertorie dans des huiles fantômes et une pièce sexophonique.
Avec Puzzle, Georges Rey propose aux visiteurs de reconstituer une quinzaine de
photos découpées puis réorganisées de façon aléatoire. Ici, le public fait l’oeuvre,
guidé par un jeu de semblances et des colorations gigognes.
En fragmentant des images de corps empoignés, Alexis Jacquand reproduit des
scènes dont la violence est celle d’une expulsion, d’une expropriation. Dépossédés
de leur surface, il ne reste à ces corps que des contours hurlés.
Dans une installation papier, bois, masque et peau, Nathalie Muchamad, back from
Memphis-Tennesse interroge l’imaginaire collectif comme zone de rapports de
force. La fiction, simultanément confiscation et commémoration, est une bataille
dans laquelle chacun est pris, avec laquelle chacun compose.
Texte de Marguerin Le Louvier

Le lieu avant la danse

le lieu avant la danse – 2016 – vidéo muette noir et blanc – 18’46 avec Benoît Caussé
Chaque acte de perception est en partie un acte de création.
Lorsque nous voyons, près de nous, les branches d’un arbre frissonner, nous entendons, en nous, le souffle du vent.
Il appelle ça la musique des yeux.
Ma surdité, dit-il, a été difficile à détecter, à la fois par moi même et par les autres parce que, dès le début, mes yeux avaient commencé de manière inconsciente à traduire les mouvements en sons. (David Wright)
Ce que nous appelons notre conscience du présent, de l’instant présent, est une oscillation permanente entre mémoire et anticipation, entre souvenirs et désirs, entre nostalgie et attente.
Combien de formes différentes de mémoires peuvent coexister en nous ?
Se souvenir implique au niveau cérébral une recomposition, à partir de la mobilisation de traces multiples, discrètes, morcelées, réparties dans de nombreux réseaux de cellules nerveuses dispersés à travers différentes régions de notre cerveau.
Cher Franck,
je t’écris aujourd’hui après un peu plus d’un mois de résidence à Lyon. Je consacre ma réflexion exclusivement autour de mon projet « fantôme ».
J’ai beaucoup réfléchi à comment relier ce projet en apparence, différent de mon travail habituel, et trouver ce qu’il pouvait contenir comme préoccupations récurrentes.
J’ai la sensation ici d’être au cœur de mon travail.
Une sorte de noyau centralisant un tas de préoccupations jusqu’alors travaillées isolément.
Le paysage, le langage, le vide.
Je crois qu’à l’exception de cette pièce (“fantôme”), je n’ai réalisé que des fragments.
Chacun laissant place à un autre.
Une sorte de continuité dans le processus d’évolution, de Darwinisme de l’objet.
J’ai demandé au danseur, Benoît Caussé, de travailler avec moi sur une interprétation de “fantôme”.
A partir d’une copie du rouleau de papier, j’ai demandé à Benoît d’imaginer que ce langage abstrait de la partition, représentait une série d’événements, impliquant une réalité sonore.
“fantôme” a été réalisée à partir d’une image du tsunami de Fukushima.
Cette image trouvée sur internet, a été traitée par dissociation des couleurs, créant ainsi une abstraction de l’événement déployée sur 30 mètres de papier.
Les formes noires, sont en réalité des vides de formes découpées.
Réalisée au départ comme une transfiguration du réel par la fragmentation, “fantôme” devient une partition déployant un langage qui reste à définir.
Je l’appelle partition, elle renvoie à la question du langage et à la notation.
Ainsi, “fantôme” est une matrice pouvant générer différents langages, différentes réalités, différents événements.
Plusieurs collaborations avec des musiciens avaient été réalisées, j’étais curieuse de savoir quelles réalités sonores, pouvaient naître de cette partition.
Mais j’ai décidé aujourd’hui, de laisser cette réalité sonore à celui qui regarde.
Quelque soit le langage, la contrainte de notation est la suivante:
Considérer la partition comme un paysage, fait de plans différents, d’événements, qui, selon leur taille, sont plus ou moins proches.
MC – Tu offres un espace manquant à celui qui regarde, il va trouver un espace dans lequel s’engouffrer, l’absence de son va générer un autre espace.
Si je propose une œuvre qui est déjà une interprétation et que toi, tu interprète l’interprétation
de cette interprétation, alors quel espace le spectateur trouve lui même dans sa propre interprétation ?
Du coup, tu élabores mentalement une sorte de tapisserie sonore qui correspond aux formes de la partition, et ensuite tu en proposes un état de corps comme tu l’appelles.
A toi de voir si pour toi, chaque forme de la partition est un son isolé, ou un ensemble de formes qui fait naître une situation, un lieu, un événement, qui génère dans ton esprit une réalité sonore, qui donnera naissance aux mouvements.
Rien ne t’empêche de faire des aller-retours d’une forme à l’autre, comme si tu te baladais dans un paysage.
La temporalité est multiple. On peut jouer avec et passer du passé au présent, du futur au présent…
« Douce la mélodie qu’on entend, mais plus douce encore
L’autre, l’inentendue » (John Keats)
B – Il y a des moments dans la partition où je me projette dans un espace. J’y suis réellement, en 3D.
Pour d’autres, je parlerais plutôt de couches qui viennent se superposer, de couches 2D qui forment un espace en 3D, où il y aurait l’idée d’un surplus sonore.
Par exemple quand il y a ces répétitions de formes, ici et là aussi,c’est quelque chose qui parvient à mes oreilles sans que je sois physiquement investi.
Je considère cela comme une information sonore. Pour moi, ce serait une sirène, une alarme qui serait plus ou moins forte.
MC – Ah ok.
Alors pour toi quand c’est noir comme ça, c’est lointain ?
B – Oui
MC – Parce que l’idée est qu’on aie des rapports de distance.
B – Ou d’intensité sonore.
MC – Oui parce que c’est l’éloignement ou le rapprochement qui en sont à l’origine.
B – Ah oui d’accord, ok.
Mais alors moi du coup, je peux m’éloigner ou me rapprocher d’un point zéro du son que j’imagine et aller vers le positif ou le négatif.
je me situe géographiquement par rapport à la source.
Là je relie cette forme à un frottement. Mais je peux aussi le…l’incarner, moi, le créer.
MC – j’avais plutôt imaginé que le son vienne à toi.
B – Oui et que je ne sois pas générateur de sons.
MC – Exactement !
Comment le corps parle d’un paysage ?
Est-ce que le paysage détermine un langage ?
Cher Franck,
John Keats parlait d’un petit paysage peint sur une urne grecque et qui suscitait chez lui une poésie sonore.
Je suis partie dans la Vallée des merveilles. A travers ces gravures protohistoriques, la sensation que ce langage déployé par ces pétroglyphes était défini par le contexte (point de vue, hauteur, climat) fut très prégnante et comme évidente pour moi. Il y règne une sorte de permanence du paysage, comme inchangé depuis des milliers d’années, faisant naître ou renaître un regard primitif.
J’ai donc remis en perspective, l’idée que la partition composée de signes abstraits pouvait être une écriture primitive.
Désapprendre notre langage contemporain et se plonger dans ce que le paysage (Fukushima) a fait naître comme langage.
Elias Canetti répéta que l’origine du rythme était la marche sur deux pieds, donnant lieu à la métrique des poèmes anciens. La marche humaine sur deux pieds poursuivant le piétinement des proies et des troupeaux de rennes, puis des bisons, puis des chevaux. La trace des pieds des animaux lui paraissait être aussi la première écriture déchiffrée par l’homme qui les poursuit. La trace est la notation rythmique du bruit. Piétiner le sol est la première danse et elle n’est pas d’origine humaine.

Through the listening glass / Séoul

Total Museum de Séoul, GRAME de Lyon / exposition collective réalisée dans le cadre du label de l’Institut français “Année France-Corée” 26 août au 23 octobre 2016.
Photos Yann Lévy
fantôme # 6 – papier découpé, styroglass, ficelle – dimensions variables
le lieu avant la danse  – vidéo muette noir et blanc – 22′ – 2016

(…) A partir de cette notion d’écriture, fantôme est proposée comme matrice à langages : sonores, mémoriels, événementiels, sculpturaux, filmiques,.. Le principe d’interprétation prenant toujours en compte une réalité au préalable sonore et la notion d’espace comme paysage.

Cependant, il n’est plus question ici de donner naissance à une réalité sonore de la partition mais de la garder seulement secrète et possible, structurante. Ainsi, des objets ayant potentiellement une réalité sonore, ont été imaginés par l’artiste comme appartenant à ce paysage abstrait, Un travail collaboratif est en cours avec un danseur contemporain, Benoît Caussé, qui travaille dans un premier temps à la constitution d’une tapisserie sonore mentale issue des formes de la partition. Celle-ci généra ainsi une chorégraphie. Le son est une partie manquante, structurant ces différentes propositions,. Un possible fictif et fantasmé.

Lien: GRAME
William Anastasi | Matt Coco | luan Hau Chiang
Michel François | Pierre Alan Jaffrennou
Thomas Léon | Denys Vinzant
Trafik & Yann Orlarey | Xiao Yu
Through the Listening Glass rassemble une dizaine d’artistes avec treize installations visuelles et sonores. L’exposition se déploie sur les trois niveaux du Total Museum de Séoul, construisant une scénographie sonore
à la manière d’un monumental instrument de musique, à l’échelle d’une architecture à la fois minérale et lumineuse fortement inscrite dans le paysage et la nature environnante.
Le titre est une évocation de l’ouvrage écrit par Lewis Carroll en 1871, où le fait de franchir le miroir permet à la jeune héroïne Alice de pénétrer dans des mondes imaginaires, de se mouvoir dans des espaces inouïs.
Pour l’exposition, le passage du miroir se transforme en une traversée de matériaux translucides et de vibrations sonores qui se diffracte en d’innombrables échos, le visiteur devient un guetteur de sons, d’images et de silences.
Through the Listening Glass développe le principe d’une plasticité sonore, généralisant l’idée même que toute œuvre d’art, peinture, sculpture…nous transmet, souvent silencieusement, les bruissements du monde. La notion de « transparence », de ses multiples significations et effets participe pleinement de ce processus et l’amplifie. Écouter, voir, tout simplement…
465-16 Pyeongchang-dong, Jongno-gu, Séoul, Corée du Sud (110-848)
En savoir + :
site de l’Année France-Corée http://www.anneefrancecoree.com/
Production Grame – cncm, dans le cadre de l’Année France-Corée 2016, pour le Total Museum Contemporay Art de Séoul. Avec le soutien de l’Institut Français et la Ville de Lyon, de Wallonie-Bruxelles International, du Ministère de la Cultlure de Taiwan et d’Artecture (Taipei).
En savoir + : Site du Total Museum Contemporary Art
Adresse
Total Museum Contemporary Art
Pyeongchang-dong, Jongno-gu
Séoul
Corée du Sud
Nathalie Boseul Shin, commissaire chef d’expositions au Total Museum of Contemporary Art
James Giroudon, commissaire de l’exposition
Christophe Lebreton, ingénierie, co-scénographie
Jean-Cyrille Burdet & Stéphanie Gouzil, assistance technique